Hary – Braye-en-Thiérache,
30-31 août 1944
Village Martyr.

Aisne 1944: Un été de sang et de larmes. Copyright Alain NICE.
Hary - Braye-en-Thiérache, 30-31 août 1944

SOMMAIRE

Introduction

Les 30 et 31 août 1944, à quelques kilomètres au nord de Tavaux, dans la vallée de la Brune, le paisible village de Braye-en-Thiérache va connaître un drame identique à celui de Tavaux.

Braye-en-Thiérache aujourd'hui
Braye-en-Thiérache aujourd'hui, un joli village de Thiérache, incendié et défiguré par les SS de la 12 Pz. Di. « Hitlerjugend » le 31 août 1944.
Braye-en-Thiérache 1910
Braye-en-Thiérache 1910, la rue Principale et l'église, à gauche « la Goutte d'Or » devenu le café épicerie Carlin.
Rue Principale de Braye-en-Thiérache
Braye-en-Thiérache, rue Principale prise de l'est, maisons traditionnelles de Thiérache, à gauche, l'église. A droite, la mère, la sœur et le père (Paul Lefèvre) de Louise Lefèvre-Brimbeuf, épouse d'Armand Brimbeuf.
Braye-en-Thiérache, l'ancienne Place
Braye-en-Thiérache, l'ancienne Place

Au milieu des Allemands qui se replient vers le nord, à Braye-en-Thiérache, le 27 août, c'est la fête au village. Une unité de la Wehrmacht stationne sur place. Malgré l'interdiction, une vingtaine de jeunes organisent un bal dans une grange. Un officier les met en garde quant à l'arrivée prochaine de troupes SS.

Réquisitions et ouvrages de défense à Hary et à Braye

Les 29 et 30 août 1944, des jeunes SS de la division « Hitlerjugend » s'installent et effectuent des ouvrages défensifs dans la vallée de la Brune et minent les ponts à Hary et Braye-en-Thiérache. Ils ont pour objectif de retarder l'avance américaine. Sous la menace, les hommes valides sont réquisitionnés pour creuser des ouvrages défensifs. Les SS les menacent de terribles représailles en cas de fuite ou de refus.

Le pont de l'Aventure sur la Brune
Braye-en-Thiérache, le pont de l'Aventure sur la Brune. A l'arrière-plan, la maison Hachin ébranlée lors de l'explosion du pont et aujourd'hui disparue.

A Braye-en-Thiérache, le 29 août, près du « pont de l'Aventure », les hommes raflés sont contraints de creuser des tranchées puis d'abattre des peupliers pour obstruer la route d'Harcigny. Certains ne reviennent pas le lendemain 30 août. Les SS furieux menacent alors le 1er adjoint, M. Chaseray : « toutes les maisons seront incendiées si pour 3h de l'après-midi 20 hommes ne sont pas rassemblés près de la mairie ». Dix-huit hommes se présentent. La journée se déroule sans incident. En représailles, les requis sont parqués la nuit dans la maison Hachin près du pont pour éviter qu'ils ne s'enfuient le lendemain.

A l'entrée du village de Hary, les SS installent un canon antichar au pont de la Brune. Au hameau de la Correrie, qui dépend de la commune de Braye-en-Thiérache, une pièce d'artillerie est positionnée.

Le 30 août 1944, à midi, les Américains sont à Laon. Sur la route Montcornet-Vervins, des éléments de la Wehrmacht et des SS du secteur de Montcornet refluent vers le nord en direction de Vervins ou vers Plomion.

A Hary, le 30 août au soir : des résistants mitraillent un véhicule allemand

Alors que le massacre de Tavaux est à peine terminé, le 30 août, à la tombée de la nuit, deux résistants de Hary, embusqués dans la côte de la Correrie, mitraillent un side-car allemand qui fonce vers Vervins. L'occupant est tué mais le conducteur réussit à s'enfuir. Il donne l'alerte à l'entrée de Hary où stationnent de nombreux SS commandés par un lieutenant. La nuit étant tombée, l'officier SS ne donne pas l'ordre d'intervenir.

Le virage de la côte de la Correrie à Hary
Hary, le virage dans la descente de la côte de la Correrie où se produisit l'attaque contre un side-car allemand venant de Vigneux-Hocquet.

A Braye-en-Thiérache, village tout proche de Hary, plusieurs habitants ont entendu la fusillade venant de la côte de la Correrie. Certains d'entre eux, très inquiets, se cachent ou quittent leurs maisons pour aller se réfugier au Val St-Pierre.

Hary, jeudi 31 août très tôt le matin : début des représailles allemandes

Sous la menace, les habitants d'Hary se défendent et accusent ceux de Braye-en-Thiérache

A Hary, le 31 août, très tôt le matin, l'officier SS rassemble ses hommes. L'opération de représailles commence. A l'entrée de Hary, en bas de la côte de la Correrie, les maisons proches de la route menant à Braye-en-Thiérache sont investies, des civils sont raflés, regroupés comme otages, forcés au travail et menacés : « Si un coup de fusil est tiré, Hary brûlera et les otages seront fusillés ».

Un élu de Hary s'interpose. Il intercède auprès de l'officier SS en lui expliquant que l'attaque du side-car ne s'est pas déroulée sur le territoire de Hary mais sur le territoire de Braye-en-Thiérache. Un témoin précise : « Les SS ont demandé où commençait Braye. Ils ont répondu : - Ici, à la boulangerie-. Ils ont donc brûlé la boulangerie Walmé, une maison et deux autres ». Quatre maisons de Hary dont la boulangerie sont donc immédiatement incendiées.

Fort de cette information, ordre est donné à un groupe de SS conduit par un lieutenant de partir vers Braye-en-Thiérache distant d'un kilomètre.

L'ancienne boulangerie Walmé à Hary
Hary, à gauche, l'ancienne boulangerie Walmé aujourd'hui, à droite, la route vers Burelles, au fond le premier virage de la côte de la Correrie où eut lieu l'attaque du side-car par deux résistants.
La boulangerie Noiroux-Walmé avant l'incendie
Hary, la boulangerie Noiroux-Walmé avant l'incendie (AD Aisne).
Carte générale des lieux
Carte générale des lieux : les étoiles rouges correspondent aux deux attaques successives des groupes de résistants voisins de Braye-en-Thiérache.

31 août 1944, vers 10h à Braye-en-Thiérache : les SS rassemblent la population et mettent le feu aux maisons

Arrivés à Braye-en-Thiérache vers 10h, les SS investissent les maisons une à une. Ils évacuent les habitants, les regroupent dans la rue principale et mettent le feu aux maisons de façon méthodique. Grâce au courage de plusieurs habitants qui éteignent les débuts d'incendie, certaines maisons, comme le presbytère ne brûleront pas.

Témoignage : « Les SS utilisaient des grenades ou des lance-flammes au début. Ensuite, ils jetaient les lampes à pétrole sur les lits. Chez les Cordelle, c'est ce qu'ils ont fait. M. Noiroux était caché dans la cave, il a senti le feu et a réussi à l'éteindre […] Les SS venus à Braye communiquaient par radio avec ceux de Hary. Ils vidaient tous les gens des maisons et il fallait déguerpir à coup de "Los, Los…". Ils ont emmené tout le monde, les hommes, les femmes, les enfants, tout le monde était poussé sur la route et il fallait avancer à la vitesse qu'ils disaient c'est-à-dire vite. Il y avait tous les âges, j'y étais. Je ne me souviens plus combien nous étions car beaucoup de gens s'étaient sauvés la veille, ils avaient quitté Braye avant l'arrivée des SS, ils avaient senti que cela allait mal se passer […] certains se sont cachés dans les caves ou ailleurs […] d'autres sont partis au Val St-Pierre ou à la Correrie […] eux n'ont pas vu ce qui se passait à Braye. Ils étaient nombreux à s'être réfugiés dans une ancienne cave de l'abbaye. A Braye, le curé était là avec nous […] On transportait les invalides à brouette, il y en avait trois ou quatre […] Il y avait même des gens à l'article de la mort. Ils nous ont tous parqués ensuite là-bas, au bord de la rivière, à gauche du pont, aux peupliers. Nous étions nombreux, une belle procession, au moins plus de 100-150 personnes ». »

Braye-en-Thiérache, un village ravagé : les maisons incendiées

Au total, les Allemands incendient et détruisent en partie ou en totalité, 41 maisons ou fermes sur un total de 47 habitations. Très peu de maisons seront donc épargnées. Si l'on n'y déplore qu'une seule victime civile, le village de Braye-en-Thiérache fut, de tous les villages martyrs de l'Aisne, le village qui eut le plus à souffrir des incendies et destructions. Ce magnifique village de Thiérache, ravagé par les SS, ne retrouvera jamais son aspect d'origine.

La rue Principale de Braye-en-Thiérache (années 1920-30)
Braye-en-Thiérache (années 1920-30), la rue Principale, à gauche, la maison Dejeante (1), la maison Letalenet (2), la maison Hardy (3), en face, à droite, le clocheton de l'école (4), la maison Dussart (5) et le café-épicerie Carlin (6).
Les communions de 1945 à Braye-en-Thiérache
Braye-en-Thiérache 1945, les communions. A l'arrière-plan les ruines de la maison Letalenet (2). 1er rang à gauche : Daniel Huclin – 2ème rang à gauche : Pierre Cuvillier, 2ème rang à droite : Jacques Houdelet – 3ème rang à gauche : Jean Letalenet – l'abbé Longo et à droite, en noir, Mme Marthe Chaseray.
L'école-mairie vers 1910
Braye-en-Thiérache vers 1910, l'école-mairie et son clocheton. Au rez-de-chaussée à droite se trouvait la mairie.
La façade de l'école-mairie
Braye-en-Thiérache, la façade de l'école-mairie et son clocheton.
La façade de l'école-mairie après le passage des SS
Braye-en-Thiérache, la façade de l'école-mairie après le passage des SS. L'ensemble des archives communales furent détruites dans l'incendie.
La maison Dussart Irénée avant les incendies
Braye-en-Thiérache 1944, la maison Dussart Irénée avant les incendies, à gauche l'école (4). Crédit photo : SAHVT (Société archéologique et historique de Vervins et de la Thiérache).
La maison Dussart Irénée après les incendies
Braye-en-Thiérache 1944, la maison Dussart Irénée après les incendies. Crédit photo : SAHVT.
Les ruines du café-épicerie Carlin en 1944
Braye-en-Thiérache, sept. 1944, les ruines du café-épicerie Carlin (6), incendié par les SS à l'aide de grenades à manche. A droite, au premier plan, Mme Carlin. Crédit photo : SAHVT (Société archéologique et historique de Vervins et de la Thiérache).
Le café épicerie Carlin dans les années 20
Braye-en-Thiérache, le café épicerie Carlin dans les années 20, autrefois « Café de la Botte-d'Or », déjà « dévasté par les boches » durant la Grande Guerre 1914-18 comme indiqué sur la carte postale.
Ruines de la ferme Lombart, 1944-45
Braye-en-Thiérache 1944-45, rue de Nampcelles – 16 rue Principale aujourd'hui. Bernard et Jean LOMBART dans les ruines de la ferme familiale (ici l'arrière de la maison d'habitation et la porcherie).

31 août 1944, en fin de matinée, aux peupliers, au bord de la Brune

Daniel Huclin aux peupliers, 2024
1er juillet 2024, Daniel Huclin, l'un des principaux témoins du drame, ici « aux peupliers », près du pont de l'Aventure, là où furent rassemblés les otages civils et les requis pour le travail forcé. Au fond, à gauche, on aperçoit le Moulin.

A proximité du pont de l'Aventure, sous la menace de mitrailleuses et des SS en arme, la population est retenue en otage plusieurs heures. L'angoisse est à son comble, l'instituteur fait une crise de nerfs. L'officier SS, blême, court dans tous les sens à en perdre sa casquette. Soudain, une automitrailleuse arrive. Les otages apprennent que les Américains sont à Vigneux-Hocquet.

L'officier part avec quelques hommes puis revient. Les barbelés de la pâture sont coupés à la cisaille puis les otages sont acheminés à travers les pâtures pour rejoindre le moulin tout proche.

Pendant ce temps, les SS minent le pont de l'Aventure qu'ils feront sauter à l'aide de plusieurs charges de plus en plus puissantes. La maison Hachin voisine est ébranlée et des débris du pont tombent sur le village.

Le pont de l'Aventure aujourd'hui
Braye-en-Thiérache, le pont de l'Aventure aujourd'hui.
Le moulin de Braye-en-Thiérache
Braye-en-Thiérache, le moulin.

Arrivés au moulin avec les otages, les SS effectuent un nouveau tri pour garder ceux en âge et en état de travailler pour effectuer des défenses. Ensuite, sous bonne garde, les otages passent la rivière à gué ou sur une passerelle et montent la colline à travers les pâtures et les champs en direction du bois du Mont.

Témoignage : « A moitié de la côte, ils nous ont fait faire demi-tour pour regarder Braye qui brûlait, un des SS parlait Français et nous disait : "Voilà, regardez, tout ça c'est la faute des Terroristes !". Puis, demi-tour, on reprend notre chemin et on continue à monter en direction du bois du Mont. D'un seul coup, deux avions américains arrivent en rase-motte. Ils ont vu cette foule, ils ont viré et sont revenus de plus en plus bas. Les SS nous ont fait courir vers le coin du bois et on est rentré dans le bois ». »

Après cet épisode des avions, subitement, les SS, pressés de déguerpir ou en ayant reçu l'ordre, ordonnent aux otages de Braye-en-Thiérache de fuir en leur disant « Vous êtes libres ! ». Tous partent en direction du village d'Harcigny tout proche où ils vont trouver asile un temps.

31 août 1944, vers 17h, au Val St-Pierre (commune de Braye-en-Thiérache) : nouvelle attaque de la Résistance contre un camion rempli de SS

La forêt domaniale du Val St-Pierre
Forêt domaniale du Val St-Pierre (entre les deux ponts), lieu de l'attaque d'un camion rempli de SS par des résistants.

Au Val St-Pierre où, depuis la veille, des habitants de Braye-en-Thiérache sont réfugiés dans la ferme Jamain-Vachez, proche de la route Montcornet-Vervins, deux résistants isolés, venant du hameau du Hocquet, sans aucun ordre d'attaque, embusqués dans la forêt du Val St-Pierre, mitraillent un camion rempli de SS.

Le camion sort de la forêt, stoppe un peu plus loin. Les SS se déploient aussitôt en direction des fermes Duchenne et Jamain-Vachez.

L'opération de représailles va commencer. Un char allemand, arrivant lui aussi de Montcornet, bombarde les habitations.

Carte IGN 1948 du Val St-Pierre
IGN 1948
Le hameau du Val St-Pierre en 1903
Braye-en-Thiérache, hameau du Val St-Pierre en 1903, la ferme Jamain-Vachez et l'ancienne Halle aux poissons (à droite), la ferme Duchenne (à gauche). En arrière-plan, la route de Vigneux-Hocquet à Hary empruntée par le camion SS mitraillé. Au fond la forêt du Val St Pierre. Photo prise des hauteurs de la Chartreuse du Val St Pierre.
La Halle aux Poissons
La « Halle aux Poissons », dépendance de la Chartreuse du Val St Pierre, partie intégrante de la ferme Jamain-Vachez, incendiée le 31 août 1944.

En se déployant, les SS découvrent les cadavres de deux soldats allemands, sans doute mitraillés et tués par l'aviation américaine, dont l'un d'eux est resté accroché dans les fils de fer barbelés d'une pâture. Leur fureur redouble encore.

Les SS progressent rapidement vers les deux fermes Jamain-Vachez et Duchenne mitraillant partout. Le char appuie la progression des fantassins et tire plusieurs obus en direction des deux fermes. La ferme Duchenne sera presque entièrement détruite par les obus et l'incendie. La ferme Jamain-Vachez est elle aussi bombardée et la Halle aux Poissons incendiée.

Dès le début de la fusillade, un guetteur les ayant alertés, fermiers et réfugiés s'enfuient vers le Val St-Pierre toute proche, sur la hauteur et où se situent plusieurs habitations. Plusieurs d'entre eux trouvent refuge dans la cave (nommée la serre) de la maison de M. Paul Chaseray.

Carte IGN 1948, progression des SS
IGN 1948. Légende : les flèches noires indiquent la progression des SS, les flèches blanches, la fuite des habitants de la serre vers la forêt.
La ferme Duchenne détruite
Le Val St-Pierre, la ferme Duchenne, presque entièrement détruite le 31 août 1944 (obus d'un char allemand et incendies).

La mort de Gisèle Vachez-Jamain – Eugène Huclin blessé

Voici le témoignage de Fernande Pillot, jeune écolière de 13 ans en 1944, dont le témoignage, repris largement par la presse après-guerre, fut, jusqu'en 2024, le seul et unique témoignage sur le drame de Braye-en-Thiérache. A aucun moment, dans ce témoignage, il n'est fait état des causes directes du drame survenu à Braye-en-Thiérache à savoir, les attaques successives de résistants contre les troupes allemandes en retraite près de Hary le 30 août au soir puis le lendemain 31 août, vers 17h, dans la forêt du Val St-Pierre.

« Vers 5h du soir (17h) au Val St-Pierre, un camion rempli de SS venant de Vigneux s'arrête à la sortie de la forêt avant le hameau du Val St-Pierre. Une soixantaine de SS s'approchent des habitations en vociférant et tirant dans les portes et les volets puis mettent le feu aux habitations. Un char allemand venant de Montcornet-Vigneux arrive et tire sur les maisons qui s'effondrent.

Terrifiés les habitants du hameau s'étaient réfugiés dans la cave de M. Chaseray, le 1er adjoint. Arrive un avion américain en rase motte qui jette de petites bombes. Les SS se dispersent.

Gisèle Vachez, épouse Jamain, 31 ans est tuée alors qu'elle allait rejoindre ses deux enfants de 10 ans et 18 mois cachés dans une cave. Eugène Huclin, un autre habitant du Val St-Pierre, est grièvement blessé de trois balles de mitrailleuse aux jambes et s'affaisse près de Mme Jamain. Il réussira à gagner la forêt malgré ses blessures en compagnie d'une quarantaine d'habitants de Braye venus se réfugier au Val St-Pierre.

Vers 6h (18h), au Val St-Pierre, les Américains mettaient en fuite les derniers SS qui laissèrent sur le terrain 6 morts et plusieurs blessés. »

D'après les témoignages, recueillis en 2024, Gisèle Vachez, épouse Jamain, partie se réfugier avec ses enfants et d'autres civils de Braye-en-Thiérache dans la cave de M. Paul Chaseray au Val St-Pierre, s'aperçut qu'elle avait oublié chez elle le biberon de lait pour son enfant de 18 mois. Elle sortit de la cave (la serre) pour tenter de gagner la ferme mais elle fut abattue par les SS au bas d'un sentier.

Eugène Huclin, un autre habitant de Braye, réfugié à la ferme Jamain lui aussi, s'enfuit vers les maisons du Val St-Pierre. Les balles sifflent, il voit Gisèle Vachez tomber près de lui. Grièvement blessé d'une rafale dans les jambes, il réussit à gagner la forêt puis la ferme voisine, à la Vergenette, où il sera soigné.

Gisèle VACHEZ, épouse JAMAIN

Gisèle VACHEZ, épouse JAMAIN

Eugène Huclin

Eugène Huclin

Maison de Léontine Chaserey-Letalenet au Val St-Pierre
Le Val St-Pierre, le pignon ouest et l'angle de la maison de Léontine Chaserey-Letalenet endommagée par un obus, ici la reconstruction.

Après le Val St-Pierre, les SS s'en prennent au hameau de la Correrie

A la ferme de M. Dewavrin, exploitée par Jean Bauchart, le 31 août après-midi, un grand hangar de 32 mètres rempli de récolte est incendié et totalement détruit. Un ouvrier agricole russe, Pierre Nejourine, a son salut en se cachant dans un tonneau à eau. Le tonneau est mitraillé mais, par chance, les balles lui passent au-dessus.

Le hameau de La Correrie en 1944
Braye-en-Thiérache, le hameau de La Correrie en 1944 : à gauche, maison bourgeoise de M. Dewavrin au n°4, à droite, en face la ferme Dewavrin au n°3, exploitée par Jean Bauchart, gérant ; en bord de photo, au premier plan à droite, partie des bâtiments de la ferme Louis Jospin au n°2.

L'arrivée des Américains, la Libération – 31 août – 1er septembre 1944

Les troupes américaines venant de Montcornet arriveront au Val St-Pierre et à la Correrie vers 18h le 31 août et quelque temps après à Hary et Braye-en-Thiérache. Avant Hary, dans la côte de la Correrie, un char américain est endommagé par le tir d'un canon allemand de 88 embusqué à Hary, à la Maison Bleue, route d'Harcigny.

Près de la ferme de la Correrie, aux Maguennes, les Américains installent plusieurs batteries d'artillerie et répliquent. Un avion d'observation américain repère le 88, le canon est détruit, les SS refluent vers Vervins. Ces tirs de l'armée américaine endommageront plusieurs maisons de Hary.

Les Américains stationneront quelque temps à la Correrie. Outre leur artillerie, ils y installent dans les pâtures, un dépôt d'essence, un grand parc de véhicules et de chars ainsi qu'un camp de prisonniers. M. Dewavrin, le propriétaire réclamera des dommages pour les dégâts occasionnés. Dans sept pâtures, labourées par les chars, les clôtures ont été endommagées ou détruites.

A Braye-en-Thiérache, le pont de l'Aventure ayant été détruit par les Allemands, les Américains passent la rivière la Brune au moulin, à gué. Ils arasent un talus pour gagner le bois du Mont et Harcigny. Jour et nuit, et durant plusieurs jours, ce sera un défilé continuel de véhicules militaires.

Carte IGN 1948 de la zone
IGN 1948

La Libération effective, les Américains arrivés, les malheureux habitants de Braye-en-Thiérache, réfugiés au Val St-Pierre ou à Harcigny, vont regagner un à un leur village en ruines. La stupeur est totale face à l'ampleur des destructions. L'urgence est d'enterrer les nombreux animaux calcinés, de retrouver quelques biens épargnés.

La Reconstruction sera longue et, comme à Tavaux, les villageois de Braye-en-Thiérache n'auront d'autre choix que d'attendre la reconstruction de leur maison détruite. Au mieux, ils seront hébergés dans leur famille ou bien ils devront vivre provisoirement dans des baraquements.

L'arrivée des Américains à Harcigny
Harcigny, 1er septembre 1944, l'arrivée des Américains.

« Mon petit carnet » : le témoignage de Fernande Pillot (1944)

Couverture du carnet de Fernande Pillot
« Mon petit carnet », le témoignage manuscrit de Fernande Pillot, écolière de 13 ans en 1944, unique témoignage sur le drame de Braye-en-Thiérache jusqu'en 2024.
Carnet de Fernande Pillot - page 1
Carnet de Fernande Pillot, page 1
Carnet de Fernande Pillot - page 2
Carnet de Fernande Pillot, page 2
Carnet de Fernande Pillot - page 3
Carnet de Fernande Pillot, page 3
Carnet de Fernande Pillot - page 4
Carnet de Fernande Pillot, page 4